Lire ce guide dans son contexte : il fait partie du guide complet IA restaurateur, qui couvre tous les usages de l’IA en salle, en cuisine et au bureau.
On croit qu’un plat qui se vend bien est un plat qui rapporte. En réalité, les deux n’ont rien à voir. Votre bœuf bourguignon part en salle toute la soirée, mais avec la viande qui a pris 18 %, personne dans votre cuisine ne sait s’il vous laisse encore une marge. La fiche technique est dans votre tête, le prix d’achat sur un bon de livraison froissé, et le food cost nulle part. C’est pourtant là que tout se joue. Les repères de gestion courants situent le coût matière entre 28 et 35 % du prix de vente en restauration traditionnelle, et chaque point au-dessus, c’est de l’argent qui part en cuisine sans revenir en caisse. Une carte bien outillée vous dit, plat par plat, lesquels vous font vivre et lesquels vous coûtent.
Ce travail de fiches, de calculs et de descriptions est répétitif, et il tombe toujours au mauvais moment. C’est le terrain de l’IA. Mais avant de copier le premier prompt, une frontière à poser, parce que sur ce sujet elle n’est pas négociable.
Le commis qui calcule, pas le chef qui valide
Ce que l’IA fait bien. Elle transforme vos notes en fiche structurée, pose le calcul du coût portion et du food cost si vous lui donnez les prix, rédige des descriptions de plats sobres et appétissantes, traduit votre carte, et met en forme un tableau lisible. Elle vous fait passer du brouillon manuscrit au document propre en quelques minutes.
Ce que l’IA ne fait pas, et ne doit jamais faire. Elle ne connaît pas vos prix d’achat : si vous ne les donnez pas, elle en invente de plausibles et de faux. Elle ne remplace ni votre logiciel de gestion ni votre comptable. Et surtout, elle ne décide jamais d’un allergène. Sur une description, l’IA peut se tromper d’adjectif sans conséquence. Sur un allergène, une erreur peut envoyer un client à l’hôpital. C’est la seule ligne qu’on ne relit pas, on la vérifie.
Sur un menu, l’IA peut se tromper d’adjectif sans conséquence. Sur un allergène, une erreur peut envoyer un client à l’hôpital. C’est la seule ligne qu’on ne relit pas, on la vérifie.
Gardez cette image pour tout l’article : l’IA est un commis qui met au propre et qui calcule sous votre contrôle, jamais le chef qui valide ce qui sort en salle. Voici la méthode, étape par étape.
Étape 1 : la fiche technique, colonne vertébrale de votre marge
La fiche technique, c’est la colonne vertébrale de votre marge. Une bonne fiche liste les ingrédients, leurs grammages, les étapes de production, et débouche sur un coût portion. Sans elle, vous vendez à l’aveugle. L’IA ne la remplit pas à votre place, mais elle la structure à partir de vos notes brutes.
Fréquence : mensuel à trimestriel, plus à chaque changement de carte. Gain honnête : structurer une fiche propre à la main prend 15 à 25 minutes. Avec un prompt qui prend vos ingrédients et vos prix d’achat, vous obtenez un brouillon calculé en 2 minutes, qu’il reste à vérifier. Sur une carte de 20 plats, c’est plusieurs heures récupérées par trimestre (base de calcul assumée, pas une statistique officielle).
Construis une fiche technique pour ce plat : [NOM DU PLAT], pour [NOMBRE] portions.
Voici les ingrédients, grammages et prix d'achat au kilo ou au litre :
[LISTE : ingrédient / grammage par portion / prix d'achat unitaire].
Étapes de production que je veux voir apparaître : [LISTE BRUTE OU "à structurer toi-même"].
Présente : un tableau ingrédients (grammage, prix unitaire, coût ligne),
le coût matière total par portion, et les étapes de production numérotées.
Ne complète aucun prix manquant : si une donnée manque, écris [À COMPLÉTER].
Ne calcule rien que tu ne peux pas justifier avec les chiffres que je t'ai donnés.
Étape 2 : le food cost par plat, puis le ratio matière que tout le monde saute
Le food cost, ou coût matière, c’est la part de votre prix de vente partie en achat d’ingrédients, exprimée en pourcentage du prix de vente HT. Deux niveaux de calcul, et le second est celui que la plupart des restaurateurs sautent.
Le food cost par plat. La formule est simple : (coût des ingrédients de la portion / prix de vente HT) × 100. Si votre bourguignon vous coûte 3,80 euros de matière et se vend 16 euros HT, le food cost est de 23,75 %. C’est le calcul que l’IA pose sans peine, dès lors que vous lui avez donné les prix d’achat à l’étape 1.
Le ratio matière sur une période. C’est lui qui donne la vérité de votre cuisine, car il intègre la variation de stock : Coût matières = Stock initial + Achats de la période - Stock final, puis food cost % = Coût matières / CA HT × 100. Sans la variation de stock, vous mesurez ce que vous avez acheté, pas ce que vous avez consommé. Un mois où vous avez sur-stocké donnera un faux ratio si vous ne retranchez pas le stock final.
Les repères de gestion courants, à présenter comme tels et non comme une norme légale : 28 à 35 % du prix de vente HT en restauration traditionnelle ou brasserie (soit 65 à 72 % de marge brute). Les éditeurs de gestion situent plus largement la zone de rentabilité standard entre 25 et 35 %, le bon niveau dépendant du positionnement, de la saisonnalité et du type de cuisine. Ces fourchettes viennent de sites métier de gestion de restaurant, pas d’une source publique indépendante : ce sont des repères de pilotage, pas un objectif universel.
Voici les données de coût matière de mon restaurant sur le mois de [MOIS] :
- Stock initial valorisé : [MONTANT] euros
- Achats de la période : [MONTANT] euros
- Stock final valorisé : [MONTANT] euros
- Chiffre d'affaires HT du mois : [MONTANT] euros
Calcule le coût matières (stock initial + achats - stock final),
puis le ratio matière en pourcentage du CA HT.
Présente le détail du calcul ligne par ligne, puis compare le résultat
aux repères courants (28 à 35 % en restauration traditionnelle).
N'invente aucun chiffre. Si une donnée manque, écris [À COMPLÉTER]
et ne calcule pas le ratio tant qu'elle manque.
Étape 3 : le gabarit maison qui classe vos plats par rentabilité
Les prompts ci-dessus traitent un cas isolé. Voici un gabarit réutilisable qui produit un livrable structuré : une fiche technique complète en tableau, avec coût portion, food cost, marge brute et un classement de rentabilité que vos fiches manuelles ne vous donnent presque jamais. Sauvegardez-le, il devient votre format maison.
Tu es mon assistant de fiches techniques de restaurant.
À partir des données que je te donne, produis une FICHE TECHNIQUE structurée en markdown.
DONNÉES QUE JE TE FOURNIS :
- Nom du plat : [NOM]
- Nombre de portions de la recette : [NB]
- Prix de vente TTC du plat : [PRIX] (TVA applicable : [TAUX] %)
- Ingrédients : [pour chaque ligne : nom / grammage par portion / prix d'achat au kg ou L]
TU PRODUIS, DANS CET ORDRE :
1. Un tableau ingrédients : | Ingrédient | Grammage/portion | Prix unitaire | Coût ligne |
2. Le coût matière total par portion (somme des coûts ligne).
3. Le prix de vente HT (à partir du TTC et du taux de TVA que je donne).
4. Le food cost en % : coût matière / prix de vente HT × 100.
5. La marge brute par portion en euros et en %.
6. Un verdict en une ligne : food cost dans la cible (28-35 %), en dessous, ou au-dessus.
RÈGLES ABSOLUES :
- Ne complète aucun prix d'achat manquant. Écris [À COMPLÉTER] et ne calcule pas la ligne.
- N'invente aucun grammage. N'ajoute aucun ingrédient que je n'ai pas listé.
- Montre le détail de chaque calcul pour que je puisse le vérifier.
- Tu ne te prononces JAMAIS sur les allergènes dans cette fiche : c'est une étape séparée
que je traite et que je vérifie moi-même.
Vous obtenez un format identique pour tous vos plats. Lancez-le sur cinq plats phares, et vous verrez en un coup d’oeil lesquels portent votre marge.
Étape 4 : vendre le plat, descriptions de carte et traduction
Une fois la marge maîtrisée, reste à vendre le plat. Rédiger une description appétissante, traduire la carte pour la clientèle étrangère, c’est répétitif et ça tombe toujours au mauvais moment. L’IA abat ce travail en minutes, à une condition : qu’elle n’invente ni ingrédient ni allergène.
Fréquence : hebdomadaire (plat du jour) à mensuel (refonte de carte). Gain honnête : une carte de 25 plats à décrire et traduire en anglais passe d’une demi-journée à environ une heure (génération plus relecture humaine indispensable). L’IA se trompe sur les produits régionaux et les ingrédients composés, d’où la relecture.
Rédige une description courte et appétissante pour ce plat : [NOM DU PLAT + INGRÉDIENTS RÉELS].
Style : gourmand mais sobre, sans superlatifs creux ("incroyable", "magique", "explosion de saveurs").
Mentionne l'origine ou le producteur seulement si je te le donne : [ORIGINE].
N'invente aucun ingrédient. N'ajoute aucune mention d'allergène : je la traite séparément.
Donne une version française (2 phrases max) et une version anglaise.
Étape 5 : gérer les allergènes, la ligne que l’IA ne décide jamais
C’est l’étape la plus sensible de tout cet article, et la raison pour laquelle les prompts ci-dessus interdisent à l’IA de toucher aux allergènes. Ici, l’IA met en forme, l’humain vérifie, et c’est le chef qui engage sa responsabilité.
L’obligation, en clair. Le règlement (UE) n° 1169/2011 dit INCO, applicable depuis le 13 décembre 2014, rend obligatoire l’information sur les 14 allergènes majeurs de son annexe II, y compris en restauration pour les denrées non préemballées. Les voici : gluten, crustacés, oeufs, poissons, arachides, soja, lait, fruits à coque, céleri, moutarde, graines de sésame, anhydride sulfureux et sulfites, lupin, mollusques.
La procédure exacte en France. Le décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 précise comment informer. L’information allergènes doit être écrite, lisible et visible depuis les lieux ouverts à la clientèle, OU indiquer comment y accéder directement et librement (un support écrit ou numérique disponible immédiatement sur demande). Et chaque livraison de denrées doit être accompagnée d’un document indiquant les allergènes présents. La méthode, donc, ce n’est pas “affichez ce qui peut l’être” : c’est un support écrit accessible librement, et une traçabilité documentaire à partir des fiches fournisseurs. Le texte est consultable sur Légifrance.
Concrètement, l’IA peut bâtir la trame du tableau allergènes (une ligne par plat, une colonne par allergène) à partir des ingrédients que vous listez. Mais vous validez chaque croix vous-même, fiche fournisseur en main. La mise en forme se délègue, le contenu jamais.
Prix inventés et recettes qui fuient : les deux pièges du chantier
Au-delà des allergènes, deux risques propres à l’IA guettent vos fiches et vos calculs. Voici comment les désamorcer.
Hallucination sur les prix et les chiffres. L’IA ne connaît ni vos tarifs fournisseurs ni vos niveaux de stock. Si vous ne les donnez pas, elle invente des valeurs plausibles et fausses, et votre food cost devient une fiction. La consigne “ne complète aucun prix manquant, écris [À COMPLÉTER]” doit figurer dans chaque prompt de calcul. C’est elle qui transforme un générateur de prose en assistant fiable.
Confidentialité de vos recettes. Ne versez jamais dans un ChatGPT ou un Claude grand public une recette signature confidentielle, la formule exacte qui fait votre réputation et que vous ne voulez pas voir circuler. Dans une version grand public, les contenus saisis peuvent servir à améliorer le modèle. La méthode, et non le vague “anonymisez ce qui peut l’être” : faites rédiger le gabarit, la structure ou la mise en forme, en remplaçant l’ingrédient secret par [INGRÉDIENT SIGNATURE], et gardez le dosage exact pour vous. Pour traiter des données réellement sensibles, passez à un compte ChatGPT Team ou Claude for Work, dont les données ne servent pas à l’entraînement. La logique : ne donner à l’outil que le strict nécessaire à la tâche.
Quoi installer derrière le piano : les outils nommés, par couche
On ne dit jamais “un outil dédié” sans nommer. Voici les vrais, par couche.
| Usage | Outils réels |
|---|---|
| Rédiger fiches, descriptions, traductions | ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic) |
| Calcul du coût matière, trame de tableau | Tableur Excel ou Google Sheets (base gratuite), avec formules générées par l’IA |
| Gestion de food cost, stocks, marges plat par plat | Koust, MarketMan, Fullsoon, Inpulse |
| Mise en page visuelle de la carte | Canva |
Trois repères pour choisir :
- Le couple de départ, gratuit ou presque : ChatGPT ou Claude pour rédiger et structurer, plus un tableur pour tenir les calculs dans le temps. Zéro investissement, des fiches propres et un food cost suivi.
- La couche production : Koust, MarketMan, Fullsoon ou Inpulse, quand le volume de plats et de fournisseurs dépasse ce qu’un tableur tient sans erreur. Ils gèrent stocks, marges et variations de prix en continu.
- L’habillage : Canva pour la mise en page, une fois les textes rédigés.
Commencez par le couple ChatGPT ou Claude plus tableur. Les outils métier deviennent utiles quand la carte s’allonge et que le suivi à la main devient une source d’erreurs.
Ce que l’IA ne goûtera jamais à votre place
L’IA ne touche pas à l’essentiel. La justesse d’un assaisonnement, le choix d’un producteur, l’équilibre d’une carte, la décision de garder un plat à faible marge parce qu’il fait l’identité de la maison : tout cela reste votre métier et votre signature. L’IA ne goûte pas une sauce, elle ne sait pas si votre bourguignon est meilleur que celui d’en face, elle ne ressent pas ce qui fera revenir un client. Elle vous rend du temps de mise au propre et de calcul, pour que vous le réinvestissiez derrière le piano et en salle, là où vous êtes irremplaçable.
Votre chantier de test cette semaine : cinq plats, cinq fiches
Cette semaine, prenez vos cinq plats les plus vendus. Rassemblez les prix d’achat réels de leurs ingrédients (le point qui prend le plus de temps), ouvrez le gabarit de l’étape 3 dans ChatGPT ou Claude, et générez vos cinq fiches avec food cost. Vous saurez immédiatement lesquels portent votre marge. Traitez les allergènes en parallèle, à la main, fiches fournisseurs en main.
Pour savoir si les fiches techniques sont votre meilleur point de départ, ou si un autre poste vous ferait gagner davantage, faites le point avec notre diagnostic IA gratuit : il repère, sur votre établissement, là où l’IA vous rendrait le plus de temps.
À lire ensuite
- Le guide complet IA restaurateur : tous les usages, de la salle au bureau, le pilier de référence.
- Répondre aux avis Google avec l’IA : la méthode complète sur le poste avis, du ton à tenir au cadre des faux avis.
- Avis, réservations et gestion du quotidien : le survol des usages pour démarrer vite et fixer vos priorités.
Sources
- Coopeo, food cost en restauration, repères 28 à 35 % (site métier de gestion)
- Fullsoon, définition du food cost et zone de rentabilité standard 25 à 35 % (éditeur de gestion)
- Koust, calcul de marge et coût matière en restaurant (éditeur de gestion)
- Légifrance, décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 relatif à l’information des consommateurs sur les allergènes et les denrées alimentaires non préemballées
- Règlement (UE) n° 1169/2011 (INCO), cadre européen de l’information sur les 14 allergènes (annexe II), applicable depuis le 13 décembre 2014
Rédigé par IA, validé par humain. Aucun éditeur cité ne nous rémunère.