Un MOA reçoit une notice APS de douze pages, cotée, avec les codes RAL des menuiseries et une estimation par lots. Il la lit, la trouve impressionnante, et ne tranche rien. C’est exactement le problème : à ce stade il devait choisir entre trois partis pris, pas valider un projet déjà figé. La notice était techniquement irréprochable et stratégiquement ratée, parce qu’elle confondait APS et APD. Cette confusion coûte cher dans les deux sens : un APS trop détaillé que le client n’arbitre pas, ou un APD trop léger qui ne prépare ni le permis ni le DCE.

L’IA accélère vraiment la rédaction de ces notices, à une condition : qu’elle reste un metteur en forme et jamais un concepteur. Elle structure ce que tu lui donnes (plans, matériaux arrêtés, estimation de l’économiste). Elle n’invente ni un chiffre, ni un matériau, ni une disposition technique. La frontière est nette, et tout l’enjeu de cet article est de la tenir.

Cadre légal L'objet de l'APS et de l'APD est défini à l'article D2171-7 du Code de la commande publique, en application de la loi MOP du 12 juillet 1985. L'APS précise la composition générale en plan et en volume et propose les dispositions techniques envisageables ; l'APD détermine les surfaces détaillées, arrête les dimensions et l'aspect, définit les principes constructifs. Cadre formellement applicable aux marchés publics, devenu standard sectoriel y compris dans le privé.

APS fait arbitrer, APD fige : la distinction qui structure tout

Le distinguo n’est pas une finesse de juriste : il dicte la structure du projet, le format des livrables et la nature des arbitrages MOA.

APS (avant-projet sommaire)APD (avant-projet définitif)
FinalitéFaire arbitrer le MOA sur les partis pris, plusieurs scénariosConsolider définitivement les choix, préparer permis et CCTP, un projet figé
Échelle des plans1/200 (parfois 1/100 sur petits projets)1/100 (détails au 1/50 ou 1/20)
Niveau de détailSurfaces générales, volumétrie, principes structurels indicatifs, matériaux suggérés, estimation au ratioSurfaces détaillées, cotations complètes, principes constructifs arrêtés, matériaux précis (codes RAL), estimation par lots
LivrablesPlans 1/200, notice sommaire, estimation au ratio (€/m²), calendrier indicatifPlans cotés 1/100, notice détaillée par lot, pièces du permis, estimation par lot, planning consolidé
Honoraires moyens~8 à 10% de la mission complète~15% de la mission complète

En APS, beaucoup de questions restent ouvertes, le MOA a encore le pouvoir de modifier des choix structurants. En APD, les marges se réduisent fortement, parce que chaque modification a des conséquences sur tous les autres lots déjà définis. Le rôle de la notice est précisément de poser ce niveau d’engagement, à chaque phase.

Le zoom progressif ESQ vers EXE, et pourquoi il vous protège

L’enchaînement ESQ vers APS vers APD vers PRO suit une logique de zoom progressif. À chaque phase, l’échelle se resserre, le détail s’enrichit, les engagements se durcissent. Ce mécanisme protège le projet : chaque phase consolide la précédente sans la rouvrir.

PhaseÉchelleObjet
ESQ1/500Premières intentions, parti pris global
APS1/200Composition générale, volumes, dispositions techniques préconisées
APD1/100Surfaces détaillées, matériaux arrêtés, principes constructifs définitifs
PRO1/50Détails techniques, descriptifs CCTP, plans cotés pour consultation
EXE1/20Plans d’exécution, généralement produits par les entreprises

C’est aussi la logique dans laquelle tu structures ton dialogue avec le MOA : en APS, tu montres trois variantes pour qu’il arbitre ; en APD, tu présentes le projet consolidé pour qu’il valide formellement avant le permis.

Rédiger la notice APD : le prompt à copier

La rédaction des notices est l’usage le plus rentable de l’IA sur cette phase. Ce sont des documents structurés, normés, qui décrivent en langage articulé ce que tes plans représentent visuellement. ChatGPT et Claude excellent là-dessus, à condition de leur fournir la matière première. L’erreur classique est de demander la notice à partir de rien : elle inventera. Le bon usage est de lui donner tout ce que tu as et de lui demander de structurer, pas d’inventer.

Tu es mon assistant pour rédiger la notice descriptive d'avant-projet définitif (APD).
Cadre : article D2171-7 du CCP (surfaces détaillées, dimensions et aspects arrêtés,
principes constructifs définis).

Documents fournis : plans APD validés (PDF), choix de matériaux arrêtés avec le MOA,
note de programme validée en APS, contraintes réglementaires (PLU, ABF, RE2020 ou RT existant),
estimation par lots de l'économiste, mes observations du site.

Structure attendue :
1. Présentation générale (objet, surface créée, contexte, rappel du programme)
2. Description architecturale (implantation, volumétrie, distribution, circulations)
3. Description technique par lot (gros oeuvre, clos couvert, second oeuvre, lots
   techniques électricité/plomberie/CVC, finitions)
4. Performance environnementale (RE2020 ou RT existant, choix énergétiques, biosourcés,
   eaux pluviales)
5. Estimation consolidée (synthèse par lot, postes principaux, provisions et aléas)
6. Calendrier prévisionnel (phases jusqu'au chantier, durée des travaux)

Contraintes strictes :
- N'invente aucun chiffre, matériau ou prescription absent de mes sources
- Si une donnée manque, signale-le par « [à compléter] »
- Reprends exactement mes références matériaux (codes RAL, références fabricants)
- Pour la RE2020, cite uniquement les valeurs que je t'ai fournies
- Ton factuel, pas commercial. Format Markdown prêt mise en forme Word, 8 à 12 pages.

Tu personnalises ensuite avec l’analyse fine du site, l’argumentation du parti pris, les détails qui font ton projet. Le gain est concentré sur la mise en forme, pas sur la conception.

L’IA structure ce que tu sais. Elle n’invente pas ce que tu ne lui as pas donné.

Les trois pièges où l’IA invente au lieu de structurer

À éviter 1. L'IA qui invente des chiffres : une estimation au ratio €/m² sans tes références sort une fourchette plausible mais non vérifiable. L'estimation s'appuie sur tes bases internes, BatiChiffrage, DeviSOC ou AGLO. 2. La confusion APS/APD : un prompt qui ne précise pas la phase produit un document hybride exploitable ni en APS ni en APD. Indique toujours l'échelle, l'état des arbitrages, la présence ou non de variantes. 3. L'oubli de la contrainte réglementaire : une jolie notice qui omet la zone ABF ou l'emprise au sol maximale du PLU expose à un refus de permis. Pose toi-même la liste des contraintes et fournis-la comme élément non négociable.

Marché privé : pourquoi ce découpage reste ta meilleure défense

Légalement, la loi MOP et les articles D2171 du CCP ne s’imposent qu’aux marchés publics. En privé, aucune obligation, et c’est précisément là que beaucoup d’architectes relâchent le cadre, à tort. Le découpage APS/APD/PRO est devenu un standard sectoriel : architectes, BET et économistes raisonnent tous ainsi. L’adopter même hors marché public sécurise ton périmètre de mission et facilite la facturation phase par phase, quel que soit le statut du MOA. Et ce que l’IA ne touchera jamais reste exactement ce qui fait ta valeur : le parti pris, l’arbitrage technique, l’estimation réelle. Elle met en forme une notice, elle ne décide pas du projet. C’est la ligne à ne pas laisser bouger.

Mon retour de terrain Les premiers projets seront un peu plus longs, le temps de calibrer ton prompt avec ton style. À partir du quatrième ou cinquième APD, tu auras une trame personnelle qui tourne vraiment vite, entre quatre et six heures économisées sur une notice de 10 pages. Côté confidentialité, les notices contiennent adresse, nom du MOA, montants : ChatGPT Team/Enterprise ou Claude avec garanties, jamais une version grand public.

Un APD rigoureux aujourd’hui, une suite fluide demain

Applique la méthode du prompt structuré sur ton prochain APD. L’APD bien posé alimente directement la suite : le dépôt du permis reprendra en grande partie ta notice APD pour la PCMI 4, le CCTP en phase PRO s’appuiera sur les choix techniques arrêtés, et le visa en chantier vérifiera la conformité aux dispositions validées. Plus ton APD est rigoureux, plus la suite est fluide.

Pour aller plus loin

L’APD nourrit directement la notice PCMI 4 du permis et le CCTP en phase PRO. Voir aussi l’esquisse augmentée en amont et le pilier IA pour l’architecte. Pour cadrer ces usages, un audit IA ou une formation IA.

Sources

  • Légifrance, articles D2171-6 à D2171-9 du Code de la commande publique (objet de l’APS et de l’APD)
  • Loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 (loi MOP, maîtrise d’ouvrage publique)
  • BatiChiffrage (bases de prix de référence pour l’estimation)

Rédigé par IA, validé par humain. Aucun éditeur cité ne nous rémunère.

Questions fréquentes

Quelle différence entre APS et APD ?
L'APS (avant-projet sommaire, échelle 1/200) fait arbitrer le MOA sur les partis pris en présentant plusieurs scénarios, avec une estimation au ratio. L'APD (avant-projet définitif, échelle 1/100) consolide définitivement les choix, fige le projet, prépare le dépôt de permis et le CCTP, avec une estimation par lots. En APS, beaucoup de questions restent ouvertes ; en APD, chaque modification a des conséquences sur les autres lots.
L'IA peut-elle produire l'estimation au ratio €/m² ?
Non. Sans tes propres références, elle sortira une fourchette plausible mais sans aucune garantie, voire des prix « moyens » qui ne correspondent à rien de vérifiable. L'estimation s'appuie sur tes bases de prix internes, sur BatiChiffrage ou des outils dédiés (DeviSOC, AGLO). L'IA peut structurer ton estimation, jamais la produire.
Ce cadre s'applique-t-il en marché privé ?
Légalement, la loi MOP et les articles D2171 du CCP s'appliquent aux marchés publics. En privé, aucune obligation, mais ce découpage APS/APD/PRO est devenu un standard sectoriel : architectes, BET et économistes raisonnent tous ainsi. L'adopter simplifie les échanges, sécurise ton périmètre et facilite la facturation par phase.